Propos recueillis par Nicole Duault, le jeudi 29 octobre 2009 à 04:00
« Je sauve les meubles », dit la star du lyrique. Elle critique le conformisme de la mise en scène et répète que pour renouveler l'opéra, il faut travailler, travailler...
Iconoclaste, Natalie Dessay l'est sans aucun doute dans l'univers du lyrique. Pour preuve, celle qui est considérée comme une star a accepté son premier rôle puccinien, celui, secondaire, de Musette dans La Bohème donnée à partir de ce soir à l'Opéra Bastille.
FRANCE-SOIR. Pourquoi avoir accepté ce petit rôle de Musette ?
NATALIE DESSAY. Cela me permet de rester à Paris chez moi auprès de mes enfants. J'ai aussi l'impression d'être en troupe à l'Opéra de Paris puisqu'en janvier j'enchaîne avec un rôle important, Amina dans La Somnambule de Bellini. Il n'y a pas de honte à chanter Musette. C'est un joli rôle. C'est mon premier et dernier opéra de Puccini.
Vous ne chanterez jamais le rôle principal de La Bohème, celui de Mimi ?
Il n'est pas dans la couleur de ma voix. Il y a quelques aigus mais il est plus grave que ma tessiture.
Musette vous ressemble-t-elle ?
C'est une fille qui adore la vie, comme moi. Mais elle ne veut pas vivre que d'amour et d'eau fraîche. La Bohème, c'est bien joli mais cela ne nourrit pas sa femme ! Elle fait quelques accrocs à la bienséance. Elle va de temps en temps avec des hommes qui lui font des cadeaux et lui offrent des repas chauds. Musette n'est pas un rôle qui permet de s'épanouir mais il permet de s'amuser en scène.
La mise en scène est assez conformiste...
Pour le moins ! Je n'ai pas mon mot à dire sur cette reprise d'une production de 1995. Mais je ne comprends pas comment on peut encore faire ce genre de mise en scène en 2009. La Bohème, ce sont des jeunes gens enthousiastes. Pour les faire vivre, il faut avoir des chanteurs qui aiment travailler et répéter. Ce n'est pas avec quinze jours de répétition qu'on arrive à quelque chose... à part sauver les meubles. C'est ce que nous faisons et je crois brillamment ! J'aime les mises en scène qui ne ressemblent pas au musée Grévin, celles qui sont vivantes où l'on peut jouer et réinventer.
Que faut-il pour renouveler, revitaliser l'opéra ?
Il faut travailler théâtralement et musicalement. Il faut que les interprètes arrêtent d'arriver trois jours avant la générale ! Dans une musique comme celle de Puccini, il est très difficile de ne pas regarder le chef, mais dès que vous le regardez, vous arrêtez de jouer.
On croirait que pour une star telle que vous, tout coule de source ?
Absolument pas. Je le répète, il faut travailler. A la générale avant-hier soir, je me suis fait une frayeur. Je me suis trompée. J'étais mortifiée. Les petits rôles sont difficiles car ils ne comportent que quelques petites phrases à dire par-ci par-là. Quand vous êtes dans un grand rôle, vous êtes dans une sorte de rouleau compresseur, une énergie et une concentration vous portent.
Quels rôles avez-vous envie de chanter maintenant ?
Violetta, de Traviata, que le metteur en scène Laurent Pelly m'a fait comme du cousu main, l'été dernier à Santa Fe, aux Etats-Unis. Je vais rechanter ce rôle. Le même prépare aussi pour le Palais Garnier, l'an prochain, la mise en scène de Giulio Cesare de Haendel, dans lequel je chanterai Cléopâtre. Il est mon Pygmalion. Nous nous inspirons mutuellement.
Virgin sort une compilation des airs de la folie que vous chantez dans divers opéras comme Lucie de Lammermoor ou Hamlet. Que cela représente-t-il pour vous ?
C'est un retour sur mes années d'hystérie. On se calme avec l'âge. Ces personnages font partie du répertoire du soprano léger. Pourquoi ? Je ne sais pas. Aujourd'hui avec le bel canto, je suis plus romantique.
On dit que vous êtes la rigolote de l'opéra. Qu'en pensez-vous ?
Entre Ophélie de Hamlet, Lucie de Lammermoor ou Amina de La Somnambule, je ne rigole pas franchement. Dans la vie, oui, je suis une rigolote !
Après vos ennuis de cordes vocales, où en est votre voix ?
Elle n'a jamais été aussi bien. Je suis guérie.
La Bohème, de Giacomo Puccini. Mise en scène de Jonathan Miller. Orchestre et ch½ur de l'Opéra national de Paris, douze représentations à partir de ce soir jusqu'au 29 novembre.