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interview sur Manon [traduit by me]

interview sur Manon [traduit by me]

"Si Almodóvar fait un opéra, je m'inscris"

MARTA CERVERA
Après son interprétation d'Ophélie Dans Hamlet, la 'caméléonesque' (camaleónica) soprano française revient aujourd'hui au Liceu. Elle interprétera la courtisane la mieux payée du Paris de 1700 dans Manon, de Massenet. Elle chantera avec le ténor Rolando Villazón, un luxe. Pour elle, travailler avec lui et avec le metteur en scène David McVicar sont les principes attractifs de cette production de l'English National Opera. Dessay reçoit au naturel (en français dans le texte), sans maquillage et avec les cheveux attachés. Elle ne veut pas de photos.

Varier de personnages, de genres et de répertoires est votre vie...
Oui, et j'adore ça. Je ne m'imagine pas interpréter le même rôle 300 fois. Je ne les chante jamais plus de 70 fois. Il est plus important de savoir avec qui on interprète que de savoir qui on interprète. Je ne faisais plus la Reine de la Nuit, mais quand Kenneth Branagh m'a proposé de faire La flûte Enchantée, j'ai changé d'avis. Mais à la fin, d'autres compromis se sont interposés.

Vous avez aimé le film?
Branagh a un grand sens du rythme et du lyrisme, mais amener l'opéra au cinéma est comme amener le théâtre à l'écran. Ce sont des genres vivants et ils ne doivent se voir que dans l'espace qui les correspond. Je ne crois pas aux opéras dans les grands stades ou avec un micro. C'est autre chose, une autre profession, un show. L'opéra, comme le théâtre, c'est quelque chose de beaucoup plus artistique.

Travailler avec un réalisateur comme Roman Polanski vous a-t-il marqué ?
Non, parce qu'il était terrorisé par l'opéra. C'est dommage parce que c'est un bon cinéaste et il a de bonnes idées. Peut-être avec plus de temps pour travailler ça aurait été différent. L'opéra est un genre qui les lui apporte (les idées).

Ça ne vous a pas bien convenu?
Pas du tout. J'adore jouer. D'ailleurs, je fais seulement de l'opéra pas défaut, parce que je suis une actrices frustrée. J'utilise l'opéra pour me retirer l'épine.

Pour ça vous allez essayer le théâtre ?
Ce sera en 2010 avec L'ignorant et le fou, de Bernhard, à Paris. J'ai réservé trois mois pour m'entraîner sur les ordres d'Alfredo Arias, que je connais et dont la fantaisie se relie très bien avec l'œuvre. Comme j'incarne une chanteuse, quelque chose que je domine, j'espère en sortir satisfaite. De toutes façons ça m'est égal, j'apprendrais bien quelque chose pendant les répétitions.

Je ne connais pas d'autres chanteuses lyriques ayant fait ça.
Moi non plus, mais ce n'est pas important. Je n'ai pas l'habitude de faire les choses comme tout le monde. Je fais tout le contraire, à l'envers et à contre temps.

Vous vous laissez guider par l'instinct?
Toujours. Ce n'est pas moi qui ai choisi ma vie, sinon ma vie qui m'a choisie. Ça a aussi été mon mari qui m'a choisie. Je me dis souvent que j'ai l'âge de choisir par moi-même, mais je n'y arrive pas.

Que pensez-vous de David McVicar, metteur en scène de Manon au Liceu?
Il ne provient pas de l'opéra, et j'aime ça. Dans la vie, ma mission est de changer le monde de l'opéra. Et j'ai besoin de personnes comme lui, disposées à ça. Peut-être que nous ne réussirons pas, mais nous devons essayer. McVicar a un don pour diriger les acteurs, il sait doter de corporalité le jeu d'acteurs, en le rendant physique et sensuel.

Comment est sa Manon?
McVicar a réussi à capter l'essence de Manon: une fille qui ne fait attention qu'à deux choses, la chair et l'argent. Il n'a rien changé dans l'époque où se passe l'action, qui se passe au début du XVIIIe siècle, coïncidant avec la date de publication du roman sur lequel se base l'œuvre.

Pourquoi voulez-vous changer l'opéra?
Parce que la musique en est seulement une partie et, si l'aspect théâtral ne se dynamise pas, les opéras seront ennuyeux. Si le théâtre est la vie, l'opéra devrait être la vie multipliée par 100, mais ce n'est pas toujours comme ça. À l'opéra, on a souvent des sensations de déjà vu (en français dans le texte). Mais ça ne fait rien, ils ne jouent pas. Il y a des gens qui croient que la musique et la voix ont la priorité, mais ils oublient qu'ils sont au service du spectacle. En exagérant, il faudrait que ce soit prima le parole e poi la musica, parce que à force d'aller tellement dans le sens contraire, on est arrivés à l'ennui.

Au delà de la méthode, le manque de titres serait aujourd'hui un autre handicap.
Ce n'est pas ça le problème, mais c'est l'importance qu'on donne à l'opéra. Les thèmes des grands titres sont universels. Qu'il y ait un manque d'opéras aujourd'hui est un deuxième problème, mais ça ne règle pas le premier. Les œuvres musicales plus faciles vont vers le music-hall, et celles qui ne le sont pas, intéressent assez rarement au niveau musical. Elles ne sont compliquées qu'au niveau rythmique. Elles torturent autant les chanteurs que le public. Peu de compositeurs arrivent à donner avec la bonne mesure. Un d'eux est Thomas Adès, ultra difficile mais intéressant.

Les réalisateurs de cinéma peuvent-ils imprimer de nouveaux airs au genre ?
Ils ne me convainquent pas. Beaucoup n'ont aucune idée de ce qu'est l'opéra. Mais je rêve au jour où Almodóvar se lancera. Dans son cas, cela aurait un sens, parce que ses films son très opératiques. Il maîtrise la démesure et la fantaisie. En plus, les musiques d'Alberto Iglesias sont extraordinaires. S'ils font ensemble un opéra, je m'inscris.

Votre dernier disque est Il trionfo del Tempo e del Disinganno, de Handel. Qu'est-ce qui vous séduit dans la musique baroque?
À l'opéra, on ne voit même pas les musiciens de la fosse. Mais avec la musique baroque s'établit une relation entre un tel et un tel plus étroite et privilégiée. On construit tout tous ensemble.

Après Manon quand reviendrez-vous ?
En 2011, je chanterai au Liceu ma première Marguerite dans Faust, de Gounod. Un nouveau défi.

# Posté le mercredi 19 mars 2008 13:04

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